Avec le soutien d’Europe Créative… #4 Petite Maison Production

Tessa-Louise Salomé, Chantal Perrin et Solweig Rawas de Petite Maison Production ont répondu aux questions du Relais Culture Europe sur l'actualité de leur structure et plus particulièrement sur le documentaire Jack Garfein, The Wild One soutenu par le programme Europe Créative MEDIA. Cette interview est la quatrième de notre série "Avec le soutien d'Europe Créative..." dont l'objectif est de faire découvrir les projets soutenus par le programme et de mieux comprendre l'apport d'Europe Créative à travers le retour d'expérience des bénéficiaires.

 

Pourriez-vous présenter Petite Maison Production et vous présenter ? Quels sont vos projets en cours ?

Petite Maison Production a été créée en 2006. Nous sommes toutes deux réalisatrices et productrices. Nous travaillons avec des cinéastes aux voix singulières et des artistes contemporains (Sophie Calle, Terence Koh, Cindy Sherman) avec la volonté de créer des passerelles entre fiction, art et documentaire.

Solveig Rawas, productrice, a rejoint PMP en 2013, lors de la préparation de Mr. X, le Cinéma de Leos Carax de Tessa Louise-Salomé (Sundance 2014).

Cette année, nous développons plusieurs fictions. L’une s’inspire de la vie d’un personnage public disparu récemment dont on préfère pour l’instant taire le nom.  Et notre autre projet est une série courte adaptée d’un roman de George Sand.

Plusieurs documentaires sont en production :

Side A Side B bientôt terminé, un film sur une figure de la French Touch, Sébastien Tellier, réalisé par François Valenza et coproduit avec Vetta Films, pour lequel nous avions obtenu le soutien d’Europe Créative MEDIA.

Un très beau portrait d’Anish Kapoor aussi, réalisé par une jeune et talentueuse cinéaste italienne, Martina Margaux Cozzi.

Et enfin, le second long-métrage de Tessa Louise Salomé, un documentaire cinéma, Jack Garfein, The Wild One, pour lequel nous venons tout juste de recevoir le soutien d’Europe Créative MEDIA. Le film met en lumière le parcours de Jack Garfein, rescapé de la Shoah et fondateur de l'Actors Studio à Hollywood, dont le destin fascinant et l'œuvre encore méconnue du grand public ont marqué l'histoire du théâtre et du cinéma.

Tous ces projets sont des co-productions internationales.

 

Après le documentaire Mr. X sur Leos Carax et son univers (notamment présenté à Sundance), vous vous attaquez à Jack Garfein. Comment est né ce projet ?

C'est Octavia Peissel, productrice de Wes Anderson (Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel, Isle of Dogs) aujourd'hui associée au projet, qui m'a présenté Jack Garfein. Cette rencontre a été déterminante, il avait jusqu’alors toujours refusé qu’on raconte sa vie… Son histoire c’est celle d’un gamin de 13 ans qui va survivre à 11 camps d’extermination.  Orphelin, immigré en Amérique où il débarque en 1947, il est immédiatement, à son arrivée dans le port de Baltimore, témoin de la discrimination raciale, de la pauvreté des populations noires.  Cette situation, il voudra en témoigner plus tard, dans son premier film, The Strange One, produit par la Columbia. Devenu le Patrick Chéreau de l’off Broadway, ce jeune metteur en scène à succès, qui donne son premier rôle à James Dean ou Ben Gazzara, fait découvrir Beckett au public américain. Il est vite repéré par Hollywood. Sam Spiegel lui signe un contrat de 10 films, mais quand, en plein tournage, il apprend la présence de comédiens noirs sur le plateau, le producteur demande puis ordonne puis menace : aucun comédien noir dans les films de la Columbia… (A moins qu’ils soient chanteurs ou danseur)… Rien n’y fera ! Garfein tournera ses scènes et le contrat de dix films sera déchiré. C’est ça Jack Garfein, c’est ce courage et cette liberté !

Il continuera sa carrière au théâtre et fondera l’Actors Studio West avec Paul Newman, mais sera banni des Studios. Une grande perte car son premier film révélait déjà une incroyable maitrise. Nous espérons qu’avec la sortie du documentaire, ses films pourront être redécouverts.

 

Votre documentaire Jack Garfein, The Wild One a obtenu le soutien de MEDIA en développement – projet individuel en 2017. Vous le coproduisez avec Noodles Films et Babelsberg Film, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette collaboration ? Quels impacts sur le développement du projet et sa production ?

Nous avons dès le début du projet souhaité mettre en place des coproductions en Allemagne et aux USA, deux pays liés au sujet du film et à l’histoire personnelle de Garfein. Notre coproducteur américain Noodles, est un studio établi à Los Angeles, une petite équipe de surdoués, précurseurs en matière de nouvelles technologies. La conception des modules VR/360 et l’approche du dispositif du film ont été pensées en étroite collaboration avec eux.

Babelsberg Film, notre partenaire allemand, a souhaité s’engager avec nous après lecture du script. Nous projetons de tourner dans le Marlene Dietrich Halle, un studio mythique qui a hébergé les tournages de Murnau, Fritz Lang, ou Quentin Tarantino et Wes Anderson plus récemment.

 

Ce projet vous l’avez pensé comme un documentaire mais aussi comme une expérience VR/360. Pourquoi ? Souhaitez-vous continuer à expérimenter ce champ ? Représente-t-il une piste de développement pour la société ?

PMP s’intéresse depuis les débuts aux nouvelles formes de narration et d’écriture. Le long-métrage Prima Donna, qui réunit le vidéaste Francesco Vezzoli, la photographe Cindy Sherman et le compositeur Rufus Wainwright, auteur de l’opéra éponyme était lors de ses projections accompagné par un orchestre philharmonique.

Dans Mr. X, les images des films de Leos Carax prennent vie sur un mobile créé par l’artiste français Xavier Veilhan.

La réalisation de courts modules immersifs VR/360 pour le film sur Jack Garfein, un maitre du storytelling, s’est rapidement imposée à nous comme support à la promotion du film.

Sur The Wild One nous travaillerons aussi avec diverses techniques holographiques pour donner vie différemment aux images d’archives, aux lieux, aux personnages qui peuplent la vie de Jack, comme Marylin, Henry Miller, James Dean, Eleanor Roosevelt, Samuel Beckett… Grâce à ce dispositif qui traverse tous les lieux du film, les images d’archives peuvent littéralement « prendre corps », devenir autant de « personnages » à qui l’on donne la parole. Ses souvenirs apparaitront dans l’espace autour de Jack ou face à lui, parfois même en surimpression. Un traitement d’images qui rappelle les débuts de la photographie et les expériences de Etienne-Jules Marey et ajoute une note poétique.

 

Que représente pour vous le soutien de MEDIA ?

Le programme MEDIA est un « label » synonyme de qualité, révélant des projets ambitieux, qui s’adressent à des audiences européennes et internationales. Le soutien financier accordé dans cette phase de développement fragile, est un réel tremplin pour assurer sa mise en production. Mais c’est aussi un gage de qualité pour d’autres partenaires éventuels et pour le producteur un véritable encouragement. Les retours des experts de cet appel sont extrêmement utiles car très pointus et détaillés…